Par : Mamadou SARR – Publier dans WalFadjri Quotidien :

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Manque d’infrastructures, pauvreté, pollution… : Le calvaire des habitants de Kédougou
Les conditions de vie des habitants de Kédougou n’ont jamais été des meilleures. En plus du manque d’infrastructures, du chômage et son corollaire la pauvreté, s’ajoutent des problèmes de pollution de l’environnement à cause des produits chimiques déversés dans la nature par les sociétés minières.

L’image d’Epinal que la plupart des Sénégalais ont de la localité de Kédougou, située à 700 kilomètres de Dakar et érigée en région récemment, est celle d’une zone riche en minerais de toutes sortes. Mais les conditions de vie sont difficiles dans cette contrée à cause du climat chaud qu’il y fait, mais surtout de son enclavement. Au point que, par le passé, on affectait des fonctionnaires à Kédougou pour les punir. Aujourd’hui encore, les populations de Kédougou se sentent abandonnées. Les conditions de vie des populations n’ont pas changé, regrette-t-on. Mais, au contraire, elles se sont détériorées au fil du temps et surtout avec l’arrivée des sociétés minières qui ont pris possession des terres cultivables.

Ainsi, plusieurs milliers de paysans et d’éleveurs, dépossédés de leurs terres et sans qualification pour travailler dans les mines d’or, de fer ou de marbre, sont au chômage avec son corollaire la pauvreté. A cela s’ajoutent les problèmes de pollution de l’environnement à cause des produits chimiques déversés dans la nature par les sociétés minières. L’Association des élèves et étudiants ressortissants de Kédougou (Aeerk), qui a tenu une assemblée générale, hier, pour réclamer la libération sans conditions de leurs dix-sept camarades emprisonnés à la suite des violentes manifestations du 23 décembre dernier, ont dressé un tableau sombre des conditions de vie des populations.

Selon Mouhamed Lamine Keïta, étudiant en Dea en droit et membre de l’Aeerk, les problèmes de Kédougou sont nombreux. Et au premier rang de ces problèmes, il y a le manque d’infrastructures. ‘Kédougou n’a pas de route. Il faut faire vingt-quatre heures pour se rendre là-bas. C’est inadmissible’, fulmine-t-il. A cela s’ajoute le manque d’infrastructures sanitaires, alors que la population ne cesse de s’accroître à cause de l’arrivée massive de travailleurs dans les mines. En croire les étudiants de Kédougou, même à Sabodala, il n’y a pas un personnel soignant qualifié et que les femmes continuent d’accoucher sur les charrettes.

‘Comme si cela ne suffisait pas, souligne Chérif Sy étudiant ressortissant de Kédougou, aujourd’hui, les paysans et les éleveurs n’ont plus d’espace pour exercer leurs activités’. Pis, se désole notre interlocuteur, un promoteur privé à acheter près de 17 000 hectares de terres à Kédougou pour en faire un parc animalier. Et le promoteur demande à près de dix-sept villages de quitter leur zone habituelle. ‘Les populations n’ont plus où cultiver et on les demande de rester dans leurs maisons et de se taire. Nous ne sommes pas prêts à accepter cette injustice’, martèle-t-il. ‘On dit que nous ne sommes pas qualifiés. Or c’est nous qui n’avons plus où cultiver et élever nos animaux, que l’on doit les emplois’, pense notre interlocuteur. A ce sujet, Mouhamed Lamine Keïta dénonce vertement la ‘mafia’ entretenue dans la localité par les autorités déconcentrées. Celles-ci réclameraient un dû sur les salaires de chaque emploi créé dans la localité. ‘Les autorités déconcentrées sont devenues des commerçants. Il y a un conflit d’intérêt’, accuse-t-il.

Le ministre des Mines et de l’Industrie, Me Ousmane Ngom, en a également pris pour son grade. Sa gestion du fonds social minier a été décriée par les étudiants ressortissants de Kédougou. Ces derniers contestent tous les chiffres et les réalisations dans la zone, brandis par Me Ousmane Ngom et attribués aux sociétés minières. ‘Le fonds social minier ne se gère pas dans un ministère, mais au niveau des collectivités locales et non par une autorité étatique. C’est le code des collectivités locales qui le dit’, rectifie Mouhamadou Lamine Keïta.

Par ailleurs, les étudiants ressortissants de Kédougou attirent l’attention de leurs camarades sur les problèmes de pollution de l’environnement dans la zone à cause des produits chimiques usités par les sociétés minières. ‘Les forêts ont été ravagées, les animaux sont menacés. Les populations, qui tirent l’eau des puits, sont plus menacées. D’ici dix ans, la population sera atteinte de cancer parce que l’environnement est pollué’, prédit Cherif Sy, membre de l’Aeerk.

Mamadou SARR