La production et les retombées pour l’Etat

«Si l’année 2008 est phosphate, 2009 est l’année d’or du Sénégal ». Ainsi s’exprimait le Ministre des mines, de l’industrie, de la transformation alimentaire, des produits agricoles et des Pme Me Ousmane Ngom, à l’occasion du vote de son budget à l’Assemblée Nationale,  le mercredi 18 novembre 2009.

En ces temps de crises, ce discours a fait rêver plus d’un Parlementaire dans l’Hémicycle. En effet, les données statistiques avancées par le Ministres brillaient comme de l’or : « plus de 4,39 tonnes d’or correspondant à 241 lingots déjà produites  à la date du 4 novembre 2009…  8 milliards de francs de retombées et 18 milliards à partir de la septième année pour l’Etat du Sénégal ! »

Ces résultats interviennent au moment où le prix du métal jaune était aux environs de $1000 l’once et a littéralement écrasé encore les records avec un prix historique de $1122 l’once la semaine dernière!

Mr Ngom a donc raison de jubiler à l’Assemblée Nationale. Mais il ne devrait pas être le seul à être aux anges puisque la Compagnies minière Mineral Deposit Limited qui opère à Sabodala se frotte également les mains. En effet cette dernière avait acquis son titre minier en 2005 au moment où le cours de l’or était aux environs de $400 l’once. Aujourd’hui, ce montant a été triplé.

En effet, depuis 2001, le prix de l’or a progressé de 450%. Durant les 12 derniers mois, il a poussé un bond de 57%, avec plus de 25% cette seule année. Et ce n’est pas encore fini, du moins tant que le taux du dollar sera maintenu aussi bas et que la forte demande en minerais jaune du côté de l’Asie (Inde et Chine) restera comme telle. C’est ainsi que les spécialistes estiment que le sommet des $$1650 sera atteint avant fin  2010, début 2011.

Plus de précisions sur la part des populations affectées

Cependant, en dehors du fait que le Ministre s’est trompé dans le décompte des lingots produits qui devrait certainement être 242 au lieu de 241 (ajouter le lingot offert au Président Wade le 4 juin dernier à Sabodala), le citoyen de Sabodala  qui subit 24H/24 le bruits des engins qui circulent sur ce tronçon poussiéreux qui relie Kédougou à la mine d’or, ces explosions qui causent autant de nuisances aux populations, etc., a besoin d’être informé sur un certain nombre de préoccupations locales :

Le montant qui a été  affecté aux investissements sociaux (par secteur) à travers le Fond Social Minier. En réalité, Sabodala n’a pas encore ressentit l’année d’or qui va bientôt se terminer ;

Si les tendances se maintiennent et nous le souhaitons fort bien, MDL va se retrouver avec plus de bénéfices sur ces ventes : Montants qui vont largement dépasser ses prévisions. Est-ce que cela aura une répercussion positive sur la contribution de MDL au Fonds Social Minier ?

Les impacts sur l’Environnement sont évidents et préoccupent les populations qui sont liées à ce terroir et veulent continuer à y vivre paisiblement. Ce bon climat financier en vue va-il inciter MDL à s’acquitter du versement de la contrepartie du Fonds de réhabilitation des sites miniers dégradés comme l’y oblige l’article 82 du code minier ?

Les Collectivités Locales de la zone du projet ne devraient-elle pas recevoir une contribution financière directe des compagnies minières comme à l’image de Mboro avec les ICS ?

Publication des revenus réels reçus par l’Etat

Le Ministre cite certainement la convention minière en parlant de 8 milliards de retombées pour l’Etat. Cependant, les sénégalais doivent savoir exactement combien MDL a gagné cette année (année d’or) et combien elle a payé à l’Etat du Sénégal nonobstant le fait que ce dernier accorde des avantages fiscaux énormes aux compagnies minières (jusqu’à 15 ans d’exonération). Cela nous permettra d’apprécier sa volonté de se servir des ressources minières comme levier pour le développement économique.

A défaut d’adhérer à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), il aurait été également opportun de faire cet exercice de publication des revenus reçus par l’etat (ainsi que son utilisation) devant les Parlementaires.

D’autre part, la vague des réformes des politiques minières (notamment en ce qui concerne le payement de royalties) est arrivée en Afrique de l’Ouest avec le Ghana et la Sierra Léone qui viennent tout juste de se prononcer sur la hausse de ces taxes. En effet, le Sénégal  pratique jusqu’à présent un taux de 3%  là  où le Ghana vise désormais 6%. Quant est-il pour le Sénégal ?

Voilà donc un certain nombre de questions de fond qu’il serait intéressant d’aborder avec les Parlementaires pour plus de transparence et une meilleure Gouvernance de nos ressources minières.

Aly SAGNE

LSD Sénégal, BP : 279 – Fatick – Sénégal.