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Moustapha Keita

CONAKRY, 19 jan (IPS) – La Guinée, qui est souvent qualifiée de «scandale géologique» en raison de ses nombreuses richesses minières, peine pourtant à sortir d’un sous-développement endémique. La corruption et des clauses léonines dans certains contrats miniers en sont souvent les principales causes, selon des analystes.

Toutefois, les nouvelles autorités de ce pays d’Afrique de l’ouest ont exprimé leur volonté de faire table rase du passé et d’assurer – à travers les nouveaux contrats miniers – le bien-être des populations qui ont toujours dénoncé la gestion opaque du secteur minier.

Plusieurs multinationales, notamment la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), la Société Anglogold Ashanti de Guinée (SAG), Rio Tinto, BHP Billiton, Alcoa, Vale, Bellzone, ‘Rusky Alumina Corporation’, sont présentes en Guinée et exploitent divers minerais allant du fer à la bauxite en passant par l’or et le diamant.

Par exemple, la CBG, créée en 1963, comptait au 31 décembre 2011, selon sa direction, 2.256 employés et a exporté 12,6 millions de tonnes de bauxite à trois pour cent d’humidité en 2010. La compagnie exploite actuellement trois carrières de bauxite dans le nord-est du pays.

Aujourd’hui, selon le gouvernement, il est admis que les contrats passés par la plupart de ces compagnies sous les gouvernements précédents ont été signés dans des conditions « non transparentes » caractérisées par la faiblesse des parts qui reviennent à l’Etat et aux populations guinéennes dans les revenus issus de l’exploitation minière.

Le ministre des Mines et de la Géologie, Mohamed Lamine Fofana, a expliqué, le 10 janvier, la méthodologie ou les stratégies à mettre en place pour examiner les contrats remis en cause. Un «contrat fera l’objet de renégociation s’il comporte certaines dispositions léonines, et la résiliation interviendra si toutes les clauses ont été violées», a-t-il indiqué.

Selon Fofana, ces nouvelles stratégies visent également la prise en compte des intérêts des populations guinéennes dans la mesure où les autorités sont animées par le souci de «transparence et de rendre compte aux citoyens guinéens».

Ainsi, deux structures seront chargées d’étudier les problématiques de développement liées à chaque contrat – le comité stratégique de négociation et le comité technique – pour ce qui concerne «les infrastructures de transport, le développement local et le recours aux sous-traitants nationaux».

«Nous espérons qu’avec les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement, nous allons assister à une hausse de la part du chiffre d’affaire annuel que la SAG octroie au développement de notre communauté. Ce chiffre est toujours de 0,4 pour cent», déclare Alpha Traoré, un citoyen de la préfecture de Siguiri, abritant le site d’exploitation d’or de la SAG, dans l’est de la Guinée.

Traoré ajoute à IPS: «Il faut que cette société donne aussi la priorité à nos jeunes frères au lieu de faire venir des Ghanéens ou des Sud-Africains pour les postes que les Guinéens peuvent tenir».

«La révision des contrats miniers peut contribuer à la relance de l’économie guinéenne, mais elle peut aussi se retourner contre nous si le processus n’est pas bien mené. En effet, même si la plupart des contrats ne sont pas conformes aux instruments juridiques internationaux et nationaux, ils ont été signés en leur temps par des autorités légales», avertit Ibrahima Yansané, avocat basé à Conakry, la capitale guinéenne.

Yansané explique à IPS: «Les multinationales peuvent recourir à de grands cabinets d’avocats pour défendre leurs intérêts si elles estiment que leurs droits ont été bafoués dans ce processus de révision. C’est pourquoi nos experts doivent profondément étudier les contrats dans leurs aspects économiques, techniques, sociaux, environnementaux et surtout juridiques afin de respecter l’intérêt de chacune des parties».

Ce processus de révision des contrats miniers s’accompagne également de la révision de l’ancien code minier qui date de 1995, selon le Premier ministre guinéen, Mohamed Said Fofana.

Mais, aucun des contrats n’a été encore révisé. La révision étant un processus, la première phase est déjà lancée: une mission d’experts est déjà sur le terrain pour auditer les titulaires d’autorisation de reconnaissance, de permis de recherche et de permis d’exploitation avant de faire un rapport aux autorités.

«Le nouveau code va instituer de nouvelles taxes tout en octroyant des revenus aux collectivités locales. La nouvelle loi accordera effectivement à l’ensemble des collectivités du pays 15 pour cent des revenus issus de la taxe minière, des droits fixes et de la taxe sur les substances de carrière afin d’augmenter les recettes publiques…», a affirmé Sidafa Doumbouya, consultant et membre de la société civile guinéenne, se référant au nouveau code minier du pays.

Certains analystes reconnaissent que la Guinée, comme les autres pays africains qui cherchent à négocier des contrats équitables, se trouve face à un dilemme: comment attirer les investisseurs en leur accordant des avantages concurrentiels, comme des exemptions d’impôts, tout en exigeant des revenus pour le développement local?

«C’est le véritable défi à relever et cela passe par la lutte contre la corruption et une plus grande transparence dans la gestion des ressources financières procurées par les industries extractives», répond Fadjimba Keita, journaliste à l’hebdomadaire guinéen ‘La Croisade’. (FIN/2012)