Source: http://www.lequotidien.sn/index.php/component/k2/item/15739-exploitation-artisanale-de-l%E2%80%99or-ins%C3%A9curit%C3%A9-prostitution-clandestine-prolif%C3%A9ration-du-vih—sida–sambrambougou-une-bombe-a-retardement

Par Moussa Seydou Diallo – mardi 27 novembre 2012 10:43

Erigée en région depuis la réforme de 2008, Kédougou tarde à prendre son envol. Malgré les potentialités minières énormes que regorge son sous-sol, elle est l’une des régions les plus pauvres du Sénégal. Sa position géographique fait d’elle une région carrefour où se croisent des individus d’origines diverses, en particulier de la sous région. Et le flux quotidien  est boosté par l’apparition de nouveaux sites d’orpaillage traditionnels comme le village de Sambram­bougou, qui est devenu la destination privilégiée des chercheurs d’or et aussi des malfrats. Dans cette recherche effrénée du métal précieux, il est difficile voire impossible de dissocier or et travail du sexe qui met en scène de jeunes filles dont la plupart sont des étrangères. Une situation assez préoccupante à laquelle s’ajoute l’insécurité qui sévit plus dans le département de Saraya.

Situé à 97 kilomètres de la commune de Kédougou, le village de Sambrambougou se dresse en pleine brousse avec ces cases rondes en paille, qui émergent de façon anarchique, sans respecter aucune règle de construction. Il y a aussi ces huttes appelées gnaffa en langue locale pour s’abriter le temps d’un séjour.
Une autre réalité : sous les tentes installées partout dans les placers, on y parle plusieurs langues. Dans les placers de Sambrambougou, où la majeure partie des chercheurs d’or sont originaires des pays de la sous région, on compte les Sénégalais.
L’activité principale des populations de ce village est l’extraction traditionnelle de l’or alluvionnaire. A l’entrée du village se dressent des dos d’âne pour permettre aux motocyclistes de rouler à moindre allure. Sur le site des placers, qu’on peut rallier au bout d’un quart d’heure de marche à partir du village, ce sont divers commerçants qui accueillent avec diverses offres et des activités de marchandages si intenses que les placers se transforment parfois en marché pollué par une nuisance sonore, entretenue surtout par les klaxons des véhiculent sui rivalisent d’ardeur avec les ronflements des motos.
Ces engins fusent de partout. L’ambiance est au top en cette fin de matinée dans ces lieux. Sur les étales disposés ça et là, des vendeuses de légumes, de la boisson exposée sur des glaciaires, des bonbons, du poisson et de la viande grillée, entre autres. Un autre commerce qui rapporte gros en période de chaleur est celui de la glace. «On se frotte les mains en période de chaleur. Parce que le commerce de la glace rapporte. On peut gagner 50 000f Cfa par jour parfois même 75 000f Cfa», confie Mariama Souaré, vendeuse d’origine guinéenne. En effet, le sachet de glace est vendu entre 400 et 500 francs l’unité à Sambrambougou comme dans les autres villages où l’or est exploité de façon artisanale. Ce, d’autant que la région de Kédougou dispose de 87 sites d’orpaillage traditionnel.

Un commerce annexe qui peut rapporter gros
L’ambiance est tout autre dans les lieux d’extraction de l’or. Chacun est préoccupé dans son trou pour trouver le métal précieux. Un travail fastidieux qui, du reste demande beaucoup d’endurance et une grande patience. Comme Marcel Thiaro Camara, ils sont nombreux les jeunes de Kédougou et d’autres venus de la sous région qui s’adonnent à cette activité. A bord d’un véhicule  4×4, ce jeune homme venu du village de Bantata dans la communauté rurale de Tomboronkoto transporte du fougoury, le sable qui contient de l’or. Avec ses camarades, ils déversent les sacs de fougoury de l’arrière de leur véhicule dans l’espoir d’en tirer des richesses. «On vient d’obtenir le sable, qu’on va traiter au niveau de la concasseuse pour voir s’il contient de l’or», explique Thiaro Camara. Il faut beaucoup de chance pour trouver de l’or. Des fois, ces jeunes gens font des jours et des jours sans voir la couleur du métal jaune. «Il nous arrive de gagner jusqu’à 12g d’or par jour, quand ça marche. Parfois, c’est le contraire», explique Thiaro com­me les jours précédant notre passage pendant lesquels «on a récolté 3g et 7dg après trois jours de travail».
A quelques mètres du véhicule 4×4 de Thiaro et ses camarades, une femme s’active à faire sortir du sable d’un trou d’or, communément appelé dama. Dans ces lieux, le sable est puisé comme de l’eau. Aïssatou Sa­moura est l’une de ces nombreuses femmes qui s’adonnent à ce travail pénible au dioura de Sambram­bou­gou pour gagner quelques pierres. «Je ne suis pas fixe. Je fais le tour des damas pour tirer et faire sortir le sable du trou d’or. Une fois qu’on atteint la mine on me récompense avec une partie de la pierre (un seau), que je vais par la suite piler pour espérer gagner un peu d’or», explique cette Guinéenne.
La profondeur de ces trous varie entre 5 et 35m de profondeur. Comme dans tous les autres placers de la région, une loi est préétablie dans ces lieux pour cerner le travail et gérer les individus. Il y a des gardes appelés toumbouloumanes qui veillent à la sécurité des personnes et de leurs biens, informe Bakary Cis­so­kho, responsable de placer à Sam­bram­bougou qui explique : «Il y a une distance de 5m entre les trous d’or «damas» et personne n’ose creuser entre deux «damas».
Cependant, une fois que la mine est trouvée dans un trou, on fait sortir le sable. Le partage se fait de façon équitable entre les différents membres de l’équipe propriétaire dudit trou. Tout se fait sous la supervision des toumbouloumanes, qui sont au nombre de soixante (60) à veiller sur les placers de Sam­bram­bougou. D’ailleurs, ces derniers ne sont pas fréquentés tous les jours. Les lundis et vendredis sont considérés comme des jours fériés. On raconte dans le village où le gramme d’or s’échange contre 20 000 et 22 500f Cfa que cette tradition «est respectée depuis très longtemps».