Source: http://www.lequotidien.sn/index.php/component/k2/item/15738-faute-de-moyens-humains-et-logistiques–l%E2%80%99ins%C3%A9curit%C3%A9-de-plus-en-plus-inqui%C3%A8tante

Par Moussa Seydou Diallo – mardi 27 novembre 2012 10:41

L’insécurité est un réel problème dans la région frontalière de Kédougou, le département de Saraya en particulier ; autant pour les personnes que pour leurs biens. La découverte de l’or dans ces zones a fini de faire de Kédougou le pôle d’attraction pour les populations des pays voisins tels que la Guinée Conakry, le Mali, le Nigéria, le Burkina… Elles ont une seule direction une fois au «pays de l’or», les placers, dont la plus convoitée est Sam­bram­bou­gou.

La porosité des frontières avec le sous équipement des forces de sécurité en effectifs comme en logistiques ne concourent point à une bonne sécurisation des frontières, encore moins le fort taux de migrants vers Kédougou. De sorte que l’action des forces de sécurité est difficile, voire impossible pour une bonne sécurisation des personnes et leurs biens dans ces conditions.
A cela vient se greffer le corridor Dakar-Bamako via Kédougou non encore inauguré. Néanmoins, cet axe accueille des dizaines de véhicules en provenance surtout du Mali. En fait, au nom de l’intégration dans l’espace Cedeao, les modalités d’accès avec ledit corridor ont été facilitées aux populations. Ainsi, on enregistre une entrée massive des populations dont certaines ne sont pas des enfants de chœur.
D’ailleurs, des sources policières renseignent qu’à la fin de l’hivernage, il y a eu une recrudescence des «cas de braquages dans les secteurs de Sambrambougou, Tenkoto, Bantako, Diabou­gou». Dans tous ces villages d’orpaillage traditionnel, les trafiquants de l’or qui roulent à bord des motos vitesse pour échapper à la vigilance des pandores sont la proie privilégiée des délinquants.
Malgré leurs maigres moyens qui rendent difficile le travail de terrain, les hommes de la Brigade de gendarmerie de Saraya ont mis aux arrêts plus d’une dizaine de bandits qui attendent d’être jugés à Tambacounda. Pour assurer une sécurité maximale aux populations, les pandores sollicitent une collaboration sans faille de ces dernières. Elles doivent «s’impliquer davantage pour sa sécurité et donner des informations utiles aux forces de l’ordre, afin qu’une intervention énergique et rapide soit faite à leur faveur», déclare le chef du poste de sécurité de Saraya.
La question de la sécurité est une préoccupation pour le chef de village de Sambrambougou, Ibra­hi­ma Cissokho, même si son village dispose de «toum­bouloumanes» pour veiller au grain. L’in­­quié­tude est réelle car ces derniers n’ont aucun moyen de répression contre les malfrats. «On veut un poste de sécurité à Sambrambougou. On vit dans une insécurité totale avec des coupeurs de routes armés jusqu’aux dents. Ils viennent commettre leur forfait jusque dans nos maisons» s’offusque le chef de village. D’ailleurs, quelques semaines avant notre passage, sept bandits ont été appréhendés par les villageois. Mais cinq ont pu s’échapper, avant qu’on ne les transfère à Saraya. D’après les différents témoins interrogés, les malfrats armés de pistolets, de fusils et d’armes blanches, ont établi leur base dans le village d’orpaillage de Diabougou où ils se replient après chaque forfait.
La recrudescence de ce phénomène est encouragée par l’absence de réseaux électrique et téléphonique. C’est la même situation qui prévaut dans la commune de Saraya où la fourniture en électricité est discontinue. Cependant, c’est le même discours partout : les populations ont peur, avec une insécurité qui gagne du terrain jour après jour. «C’est très bien d’avoir un corridor qui passe par notre commune pour desservir toute la sous région et permettre une libre circulation des personnes et des biens. Sur un autre plan, il faut que des mesures sécuritaires soient prises pour accompagner ce chantier. Parce qu’on est exposé à toute sorte d’attaque avec la non-sécurisation dudit corridor», explique Gassamo Dembélé, premier adjoint au maire de la commune de Saraya.
M. Dembélé n’a pas tort de s’inquiéter : des boutiques ont reçu la visite de bandes armées dans sa commune où les malfrats ont emporté plusieurs produits ainsi que de l’argent. Depuis lors, les populations de Saraya sont en alerte. Car pour le maire, cela est juste un «avant goût» de ce que seraient capables de faire ces braqueurs sur les routes comme dans les villages et en arrivent même à des tueries (2 personnes déjà tuées à Sambrambougou).
De quoi interpeller l’Etat pour une bonne prise en charge de cette principale préoccupation des populations de Kédougou. Ce, avant que le pire ne se produise notamment avec la crise du nord Mali qui pourrait, du jour au lendemain atterrir dans cette riche contrée du sud-est.