Source: http://www.tambacounda.info/societe/societe/6826-kedougoun-la-cohabitation-entre-orpailleurs-et-lnbassari-ressourcesnr-devient-difficile-

Par Boubacar Dembo Tamba / Tambacounda.info /

Mardi, 27 Mars 2012 05:42

Entre orpailleurs des villages de Douta et Sambarabougou et la compagnie minière « Bassari Ressources », la cohabitation devient « insupportable » pour la dite entreprise détentrice d’un permis d’exploration, lequel estenvahi par ces chercheurs d’or. Plus de quatre mille orpailleurs d’au moins cinq nationalités différentes ont installé leurs quartiers dans les parties du périmètre où le minerai affleure, ce qui fait qu’à ce jour, la compagnie peine à poursuivre ses opérations de sondage, « un inestimable préjudice » laissera entendre le manager de « Bassari Ressources ».

Douta et Sambarabougou sont deux petites bourgades de la communauté rurale de Missira Sirimana dans le département de Saraya, brusquement sortis de l’anonymat. Des chercheurs d’or y ont découvert des sites où le minerai affleure, aménagé des placers, lesquels sites se trouvant dans le permis d’exploration de la compagnie « Bassari Ressources » plus exactement dans son indice aurifère de Makabingui, du nom d’une célèbre rivière traversant la zone. Depuis le mois de Septembre 2011, les orpailleurs y officient, et maintenant que la compagnie veut davantage intensifier les travaux d’exploration pour accroitre les réserves prouvées ( celles actuelles tournent au tour de cinq cent mille onces, c’est-à-dire un peu plus de quinze tonnes d’or), des problèmes de cohabitation se posent.

POUR UNE CAMPAGNE AGRICOLE PAS DES MEILLEURES, NOUS N’AVONS D’AUTRE CHOIX QUE L’ORPAILLAGE ».

Les villages de Douta et Sambarabougou s’étendent à la vitesse de l’électron. Ici et là accourent quotidiennement des orpailleurs en provenance du Mali, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie, de la Guinée, du Ghana ou encore du Nigéria à la recherche du métal précieux. Ils sont de nos jours plus de quatre mille individus, hommes femmes comme enfants aux côtés des sénégalais à y officier plus de dix heures par jour, avec des fortunes diverses. Le hic est que la quasi-totalité des sites d’orpaillage se trouve dans le périmètre de « Bassari Ressources », une compagnie qui opère des travaux d’explorations depuis 2009 sur la base d’un permis délivré par les pouvoirs publics compétents. « Les orpailleurs exploitent la partie superficielle des filons aurifères en creusant des puits à des profondeurs pouvant atteindre quinze mètres voire plus sans aucune autorisation » déplorera Moussa Diba, le manager de la dite compagnie. Entre autres conséquences d’une telle activité, l’on retiendra, outre l’envahissement des sites de sondage, la détérioration des pistes d’accès et des plateformes de sondage, l’augmentation de façon vertigineuse du volume démographique avec comme corollaires le développement anarchique par la filière minière clandestine de comptoirs logistiques (épiceries, dépôts de carburants), l’installation de marchés parallèles de médicaments, la création de réseaux de drogue et de prostitution. Il s’y ajoute le déboisement à un rythme effréné du site de Makabingui, l’insécurité avec les centaines de motocyclettes qui naviguent quotidiennement entre les villages et les placers. D’ailleurs une source digne de foi laissera entendre que des accidents y sont fréquents et déjà, environs cinq personnes auraient perdu la vie. Cet orpaillage traditionnel n’est pas sans entrainer de sérieux problèmes de santé dans les villages situés à proximité ou en aval comme Douta, Sambarabougou, Madina et Mandankholé du fait du rejet du mercure dans l’air et dans l’eau. Et quand vous posez la question aux autochtones, ils répondent « n’avoir pas le choix, dans la mesure où la campagne agricole est des plus désastreuses que la contrée n’ait jamais connue ».

DES ORPAILLEURS SENEGALAIS RECONNAISSENT ETRE DANS DES SITES PRIVES MAIS SOLLICITENT UN DELAI DE DEUX MOIS POUR DECAMPER

Tous les orpailleurs sénégalais rencontrés sur place, à l’image de Kata Guèye venu du Saloum, diront avoir une claire conscience que leurs placers se trouvent dans un site privé, et que le moment venu, ils n’opposeront aucune résistance pour quitter les lieux mais, « nous aimerions bien que les responsables de la compagnie nous comprennent et nous accordent un délai de deux mois qui puissent nous permettre de récupérer nos investissements car nous sommes des pères de familles sans ressources et avons des familles à entretenir » expliquera-t-il avant de préciser que ceux qui semblent s’opposer à un déguerpissement ne sont point des sénégalais. Une rencontre entre le manager de la compagnie, les chefs de villages et autres responsables de placers s’est tenue jeudi 22mars dernier, en présence du représentant du sous préfet, histoire de trouver une issue salvatrice à cette situation qui pourrait évoluer vers un conflit.

Dans ce registre, la société civile dira jouer sa partition pour éviter que la zone n’entre dans la spirale des violences par moments notées dans les zones minières. Si l’on en croit Ibrahima Sory Diallo, le coordonnateur de la coalition nationale des associations de la société civile sur la gouvernance des ressources minérales que nous avons joint depuis Ouagadougou, une journée d’échanges à laquelle seront conviées les orpailleurs, les chefs de villages, les élus locaux et autorités locales tout comme les compagnies se tiendra sous peu, et nul doute qu’au terme de ce conclave, des décisions majeures filtreront qu’il suffira de mettre en œuvre dans le strict respect des dispositions légales en vigueur.