Source: http://www.sudonline.sn/l-etat-annonce-4-milliards-d-investissement_a_13176.html

Boubacar TAMBA | 02/04/2013 | 02H56 GMT
Les 26 et 27 mars derniers, l’Etat a, au cours d’un atelier d’évaluation du programme social minier, annoncé avoir investi 4 milliards francs Cfa dans les collectivités locales dans des domaines aussi variés que l’éducation, la santé, l’hydraulique, etc. Qui parle de programme social minier pense à la région de Kédougou où il a été lancé en 2008 pour un montant de 3,5 milliards. Les communautés et la société civile réfutent cela pour exiger un audit de ce programme.
C’est en 2008 qu’Ousmane Ngom, alors ministre en charge des mines et de l’industrie, a officiellement  lancé à Kédougou le programme social minier. Arrêté à la somme de 3,5 milliards de nos francs pour une durée de 5 ans, ce programme était constitué par les contributions des compagnies minières qu’étaient Mdl qui avait le titre minier de Sabodala pour 400 à 500 mille dollars par an, Oromin  pour 600 mille dollars canadiens et Arcelor Mittal pour un million de dollars. Chaque compagnie gérait à sa façon ses fonds dits sociaux négociés et obtenus par l’Etat du Sénégal, ce qui n’était pas du goût des organisations de la société civile.

A la rencontre convoquée par le ministre de tutelle, à l’époque maître Madické Niang, il a été retenu de mettre effectivement en cohérence ces fonds sociaux à travers un programme conçu sur la base d’une évaluation participative des besoins des communautés faite par une équipe d’experts. Un séminaire pour explorer les mécanismes  appropriés et transparents de gestion s’est tenu, une étude a été commanditée et des propositions faites. Celle de la société civile consistant à faire un appui budgétaire aux collectivités n’a pas rencontré l’assentiment de la puissance publique. Les autres mécanismes inhérents à la gestion par Agetip, le Pnud ou par une fondation n’ont pas aussi été validés, et la tutelle avait décidé de créer au ministère une cellule de gestion de ce programme. Depuis lors, pas une personne, ni parmi les communautés, ni parmi les acteurs de la société civile n’a été associée de près ou de loin à la gestion de ce programme qui devrait prendre fin cette année.

LES COMMUNAUTES ET LA SOCIETE CIVILE S’INTERROGENT.

La première question que se sont posée les acteurs de la société civile est de savoir pourquoi ils n’ont pas été conviés à cet atelier, alors que la dynamique Itie (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) enclenchée par le gouvernement du Sénégal dont la seconde exigence pour obtenir le statut de pays candidat, voudrait que « l’Etat s’engage à collaborer avec la société civile » et que « tout obstacle à la participation effective de la société civile soit levée». «Nous n’avons pas compris, et cela n’est pas le gage de la sincérité dont a jusqu’ici fait montre la direction des mines et de la géologie avec laquelle nous avons fait un bon chemin dans le cadre du processus Itie », laissera entendre Ibrahima Sory Diallo.

Pour le coordonnateur national de la coalition des organisations de la société civile sur la gouvernance des ressources minérales, « c’est bien possible que 4 milliards soient investis comme annoncé, nous ne saurons dire oui ou non puisque nous n’avons aucun instrument d’évaluation objective. Seulement nous trouvons à plus d’un titre abracadabrant que le programme social minier fasse 3 milliards et demi, que le plus grand contributeur qu’était Arcelor Mittal parte, que l’on nous parle de ce montant investi dans les  collectivités locales. Le bons sens indique que les fonds devraient baisser dans la mesure où nous n’avons eu connaissance d’un autre grand contributeur qui aurait résorbé le gap crée par le départ d’Arcelor».

Du côté des collectivités locales, la deuxième vice-présidente du conseil régional de Kédougou citera quelques réalisations. Il s’agit de l’extension du lycée technique, industriel et minier de Kédougou doté de deux véhicules et d’ordinateurs, des bourses d’étude allouées à des étudiants, d’un immeuble loué à Dakar pour les étudiants ressortissants de Kédougou,  du collège d’enseignement moyen de Khossanto construit et équipé, des postes de santé de Diakhaba et Boféto, des cases de santé, des 30 matrones formées  par Oromin, des ambulances mises à la disposition des populations, des moulins offerts aux femmes, de quelques périmètres maraichers aménagés pour certaines femmes, mais dire que cela pourrait être évalué à 4 milliards serait étonnant. « Notre groupement y a fait une requête de financement pour l’extension de son unité de transformation du fonio depuis un an, mais aucune suite n’a été donnée à cela », a expliqué la présidente du célèbre groupement «Koba Club» de Kédougou.

Dans le village phare de Sabodala, Sara Cissokho le chef de village et Moussa Cissokho du forum de négociation indiqueront que leur village baigne toujours dans une inexplicable obscurité malgré les promesses faites dans ce sens par Ousmane Ngom, à l’époque ministre des mines et de l’industrie. «Ce que nous pouvons retenir comme investissements ici à Sabodala, c’est le château d’eau qui n’a en rien réglé à nos problèmes d’accès à l’eau potable, et la case des tout petits. L’on pourrait ajouter à cela les 600 milles francs offerts pour réaliser un mur de fortune au collège du village qui demeure sous abris provisoires. Vous pensez que cela puisse excéder 300 millions de nos francs », martèleront-ils. A Kédougou, Saraya ou encore Sabodala, les populations estiment que «  l’Etat et les compagnies doivent jouer franc jeu ».

Pour éviter que des bisbilles ne refassent surface et que la confiance soit rétablie entre les compagnies, l’Etat et les communautés impactées par les opérations minières, les acteurs de la société civile,  suggèrent qu’il y ait : «  de larges concertations sur ce programme social minier afin de définir de nouvelles orientations qui puissent effectivement minimiser au grand maximum les impacts sociaux négatifs, gage d’un environnement apaisé et stable des affaires au grand bénéfice de toutes les parties prenantes ».