Fatick, le 25 juillet 2013

Par Aly Sagne/Président de Lumière Synergie pour le Développement

Par Aly Sagne/Président de Lumière Synergie pour le Développement

Lumière Synergie pour le Développement (LSD/Sénégal) vient de publier son étude sur le Projet d’Appui à la Petite Irrigation Locale (PAPIL) financé par la Banque Africaine de Développement (BAD) au Sénégal: « A l’écoute des bénéficiaires du PAPIL« .

Comme son titre l’indique, il s’agit d’une évaluation de la perception des bénéficiaires de ce projet que nous avons mené en avril dernier. L’une des conclusions principales est que le PAPIL est un modèle de bonne pratique.

Voici une synthèse des défis et recommandations de l’étude:

DEFIS :

  • Le projet a réussi son encrage communautaire grâce à une bonne stratégie participative, donnant la responsabilité aux OP ;
  • Le PAPIL est un instrument de développement adapté à la réalité locale de la zone en ce sens qu’il constitue une réponse  à la mesure des contraintes de la population rurale de la zone ;
  • Le projet a très tôt pensé à sa pérennisation en impliquant de façon étroite les services techniques déconcentrés de la région (DRDR, Eaux et Forêts, DREEC, etc.) ; mais également grâce au renforcement de capacités des OP dans la gestion, la maintenance des ouvrages et les techniques culturales ;
  • Les ouvrages mis en place par le projet sont effectivement en mesure de relancer l’agriculture et l’élevage de la zone grâce au recul de la salinisation et l’augmentation des terres propices à la culture du riz. Le projet contribue à la sécurité alimentaire ;
  • Dans le domaine institutionnel,  le jeu de pouvoir entre les OP et le Conseil Rural est à prendre au sérieux, surtout pour la gestion de la vallée qui aiguise des appétits. Il est clair que le CR est compétent en matière foncier, mais pour un souci de pérennisation des activités rizicoles dans les périmètres aménagés, la gestion des vallées doit rester entre les mains des producteurs. Malheureusement, les OP peinent toujours a avoir des délibérations du CR et pire encore, le CR a cédé des parcelles à des tiers dans les 800 ha octroyés à l’OP à Mboyard ;
  • Les femmes jouent un rôle important dans la production de riz dans la zone. A cet effet, des mécanismes doivent être trouvés pour leur permettre d’obtenir de bonnes terres et de les sécuriser à l’avenir. La plus part des vallées récupérées étaient abandonnées pendant plusieurs années à cause de la salinité. Aujourd’hui, le risque est grand de voir d’anciens propriétaires fonciers traditionnels réclamer la paternité de ces terres une fois que le PAPIL les ait récupérées et aménagées ;
  • Le maraîchage pratiqué principalement par les femmes n’est pas encore très développé dans la zone en ce moment à cause de la faible maîtrise de l’eau ;
  • Malgré la relance de la riziculture, La production est encore faible et reste très dépendante de la pluviométrie ;
  • Les parcelles aménagées par le projet sont insuffisantes par rapport à la demande des OP dans les 2 villages ;
  •  Enfin, la mobilisation des ressources par les OP sera un grand défi. Comment continuer les actions de soutien (technique et financier) après la clôture du projet ?

RECOMMANDATIONS :

Au gouvernement du Sénégal de :

  • Prolonger le PAPIL jusqu’en 2018 et l’étendre à toute l’étendue du territoire national  pour s’inscrire et appuyer le programme national d’autosuffisance en riz à l’horizon 2018 ;
  • Promouvoir la pisciculture dans les vallées aménagées, précisément dans les retenues d’eaux ;
  • Inclure dans de pareilles initiatives les communes rurales comme Fatick où il existe de grande potentialité et une longue tradition de culture du riz dans les vallées ;
  • Elaborer un programme national de désalinisation des terres dans la région traditionnelle du Sine Saloum ;
  • Inclure le droit à la propriété foncière des femmes (surtout les agricultrices) dans la prochaine révision de la législation foncière ;
  • Allouer davantage de ressources publiques au financement de projets similaires ;

A la BAD :

  • Capitaliser le PAPIL comme un modèle de bonne pratique qu’il faut répliquer au niveau national et dans d’autres pays africains ;
  • Augmenter son portefeuille de financement pour les projets de même nature au Sénégal et influencer le groupe des partenaires techniques financiers du Sénégal ;
  • Trouver des stratégies pour continuer à impliquer le secteur privé national dans le suivi des aménagements hydro agricoles après le retrait du projet :

Aux producteurs :

  • Travailler en étroite collaboration avec le Conseil Rural afin d’obtenir des garanties légales de propriété ou de gestion de tous les ouvrages et périmètres aménagés ;
  • Développer des stratégies locales de mobilisation de ressources financières pour maintenir et renforcer les acquis du PAPIL ;
  • Continuer le reboisement autour des ouvrages hydro agricoles et assurer leur maintenance permanente ;
  • Explorer d’autres types de partenariat avec des structures et ONG d’appui au développement de la région.

Télécharger l’étude ICI

                                                                                         Aly Sagne, Président de LSD/Sénégal