Oxford Business Group

Senegal | 14 Aug 2013

Source: http://www.oxfordbusinessgroup.com/economic_updates/r%C3%A9vision-des-contrats-miniers-s%C3%A9n%C3%A9galais

A l’instar de la situation actuelle des producteurs du Canada jusqu’en Australie, des changements se profilent au sein de l’industrie aurifère au Sénégal, le gouvernement essayant de dégager plus de recettes de l’exploitation minière. Dans le même temps, des projets voient le jour à l’est dans un contexte de marché mondial agité.

Un récent rapport du Ministère de l’Energie et des Mines a conclu que les exemptions qui font partie des contrats miniers du gouvernement – comprenant l’or et le zircon – ont entrainé une perte de recettes fiscales de 400 milliards de francs CFA (610 millions d’euros) entre 2005 et 2012.

Cette année, le gouvernement espère accroître le montant des revenus miniers à 15 milliards de francs CFA (22,9 millions d’euros), contre 10 milliards de francs CFA (15,2 millions d’euros) générés en 2011, grâce à un impôt sur les revenus mis en place après l’arrivée au pouvoir du Président Macky Sall en avril dernier. L’Etat a également annoncé des projets de réforme du code minier de 2003, ainsi qu’une revue de ses contrats existants avec les compagnies minières.

Le gouvernement a déjà négocié un nouveau contrat à long terme avec Teranga Gold Corporation, une société canadienne. Teranga possède la première mine et usine d’or du pays, la mine Sabodala, la seule actuellement en exploitation et qui a ouvert en mars 2009, et détient 10 permis sur 1200 kilomètres carrés dans l’est du Sénégal. Le nouveau contrat prolonge de 18 mois cinq des licences d’exploration de Teranga et augmente son taux de redevance minière, qui passe ainsi de 3% à 5%.

En appliquant un taux de 5% à tous les détenteurs de licences, le Sénégal s’alignerait sur d’autres pays africains. Le Ghana a récemment fait passer son taux de redevance d’une échelle mobile de 3% à 6% à un taux fixe de 5%, tandis que les redevances de l’Afrique du Sud peuvent atteindre 7%. D’autres grands producteurs sur le continent américain ont également envisagé une hausse des taxes et redevances.

En théorie, une hausse des taux de redevance pourrait décourager l’investissement. Cependant, un rapport de 2012 conduit par des chercheurs de la Banque africaine de développement concluait qu’il existe une marge d’augmentation des taux de redevance dans l’exploitation de l’or sur le continent, ajoutant qu’une hausse «modeste» aurait un impact faible sur la rentabilité. Comme ils le mentionnent, les taux de rendement internes de l’exploitation minière dépassent habituellement largement le coût du capital, ce qui tend à indiquer que les investisseurs pourraient encore obtenir des « rendements élevés » avec des taux de redevance de 5%.

Malgré certaines incertitudes, les investisseurs du secteur minier semblent enthousiastes en ce qui concerne le Sénégal. Le directeur général du sud-africain Randgold a déclaré en juillet que le pays est bien placé en Afrique pour ce qui est de l’implantation d’activités minières, sur la base de facteurs tels que les possibilités géologiques et la stabilité politique.

Randgold est dans la phase d’étude de faisabilité d’un gisement de 3 millions d’onces à Massawa, un projet dont on estime qu’il produira 100 000 onces d’or à haute teneur d’ici à 2016 et 170 000 onces l’année suivante. La société prévoit également de poursuivre l’étude de 30 cibles d’exploration dans d’autres parties de Massawa au cours de l’année 2013.

Plusieurs autres sociétés d’extraction de l’or continuent d’opérer à un stade d’exploration. La société australienne Bassari Resources a un projet aurifère connu, le projet Makabingui, et plusieurs autres initiatives d’exploration dans le cadre des trois permis qu’elle détient sur la ceinture aurifère birimienne.

La société canadienne d’exploration minière Desert Gold a formé une coentreprise avec la britannique Toro Gold, pour développer les terrains dans la région de Kedougou. Toro Gold conduit également le projet Mako, qui s’étend sur 150 kilomètres carrés. On prévoit que l’étude de préfaisabilité pour le projet Mako soit terminée début 2014.

Même si les niveaux d’activité sont soutenus au Sénégal, l’industrie est aux prises avec un marché mondial de l’or agité, les prix ayant varié de 1540 à 1792 dollars l’once en 2012 puis chuté d’environ 20% au cours de la première moitié de 2013. Teranga a déclaré qu’elle freinerait le développement et l’exploration pour conserver des liquidités, si les prix de l’or de se rétablissaient pas.
Les turbulences que connaissent les marchés ont aussi fait baisser la demande d’or de la part du secteur de la joaillerie et de l’industrie, entraînant une baisse respective de 4,4% et 5,4% en 2012. Toutefois, au milieu de l’incertitude économique, la constance des investissements privés et publics laisse entrevoir une lueur d’espoir, les banques centrales notamment ayant augmenté leurs achats d’or, par rapport à l’année précédente, de 17% en 2012.

Les coûts des carburants et de l’énergie sont une autre source de préoccupation pour le Sénégal, et l’approvisionnement en électricité peut se révéler inégal. Teranga a dépensé 4,6 millions de dollars en carburant en 2012, ce qui représente 35% de ses coûts d’exploitation pour Sabodala, tout en obtenant de l’électricité d’une centrale électrique au fioul lourd de 36 MV sur le site. Randgold, dont l’exploitation Massawa devrait avoir de gros besoins en énergie, espère pouvoir éviter le diesel et le fioul lourd en utilisant de l’énergie hydroélectrique.

Malgré ces difficultés, les sociétés qui conduisent leurs projets d’extraction de l’or au Sénégal sont optimistes quant à son potentiel, constatant qu’une grande partie des terrains ne sont pas encore explorés. Des ressources d’or de plus de 11 millions d’onces ont été répertoriées ces cinq dernières années dans l’est du Sénégal, où l’activité aurifère est concentrée. La stabilité politique du Sénégal et son engagement à travailler avec des partenaires étrangers au sein de l’industrie augurent bien pour les investissements futurs.