M. Jean Léopold Guèye   durant le panel

M. Jean L. Guèye

Ceci est un extrait de la présentation de monsieur Jean Léopold Guèye, Secrétaire Général du Syndicat National des convoyeurs de fonds et agents de sécurité à l’occasion de la Conférence régionale sur le Document de Montreux portant sur les entreprises militaires et de sécurité privées (EMSP), Dakar, Sénégal 4–5 Juin 2014. Dans cet article, M. Guèye dresse un portrait macabre  du secteur (non application des textes règlementaires, normes et conditions de travail dégradants, salaires dérisoires, manque de formation, violations diverses des droits des agents, etc.) et appelle l’Etat et les patrons de ces entreprises à s’inspirer des bonne pratiques internationales comme le Document de Montreux et le Code conduite internattioanl sur les entreprises de sécurité privée. M. Guèye a profité de ce séminaire international qui a vu la participation de 16 pays africains, pour faire un vibrant plaidoyer.

A titre de rappel, ce séminaire a été organisé par l’ambassade de la Suisse à Dakar, le DCAF, le CICR et le CHEDS.

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Panel 3- M. Jean Léopold Guèye à l'extrême gauche

Panel 3- M. Jean Léopold Guèye à l’extrême gauche

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ETAT DES LIEUX

La création de la première société de gardiennage privée date sauf erreur de notre part de 1963 avec la société ASA. Depuis, il a fallu attendre la loi 78-40 du 06 juillet 1978, pour soumettre l’exercice des activités de surveillance gardiennage et escorte de biens privées à une autorisation préalable, et dont les conditions de délivrance des agréments sont fixées par  le décret 2003-447, lequel agrément est accompagné d’un cahier de charge  que se doit de respecter le bénéficiaire de l’agrément. Cette loi vieille de 34 ans, et ne peut  tenir compte de l’évolution  et des conditions d’exercice des métiers de la sécurité privée telle que nous la connaissons aujourd’hui. Depuis  l’indépendance, il n’y a jamais eu de convention collective propre aux activités de la sécurité privée, bien qu’elle compte des effectifs importants de l’ordre de plusieurs milliers de travailleurs, et ce nombre ne cesse de progresser.

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Ce faisant les sociétés privées ont foisonné de façon anarchique, et il est difficile de dire aujourd’hui avec exactitude le nombre d’entreprise de sécurité privée, qui tourne autour de près de trois cents, compte non tenu de nombreuses entreprises parfaitement clandestines.

Malheureusement, les mentalités populaires  considèrent les métiers de la sécurité privée comme le gardiennage  de manière condescendante  voir même avec un certain mépris oubliant au passage, l’aspect stratégique et noble de ces métiers sans lesquels  rien ne pourrait marcher convenablement, et que ces métiers sont exercés par des travailleurs de plus en plus instruits,  de mieux en mieux formés, et plus au fait de leurs droits. Cela inéluctablement conduit à des exigences de plus en plus exprimées visant  à l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. A l’heure actuelle, il existe encore des résurgences de ces mentalités qui n’ont pas encore saisi l’importance de la sécurité privée.  Nous pouvons sans risque de nous tromper dire que cette dévalorisation de ces activités est essentiellement due  au manque de considération des employeurs envers leurs employés, au manque de formation de qualité, au manque d’APPLICATION DES TEXTES qui régissent le travail, et SURTOUT à l’absence de  contrôle de l’Etat, qui gagnerait à s’impliquer davantage dans ce secteur où tout est à faire.

ENJEUX DE LA SECURITE PRIVEE

Il s’agira pour  l’Etat, avec le sécurité privée, de faire face à trois enjeux majeurs

  • Optimiser l’offre de sécurisation des biens et des personnes : L’être vivant instinctivement ressent le besoin de se rassurer, du fait que la vie en commun peut receler des divergences d’intérêts sources d’antagonismes et de conflits qui non maitrisés débouchent sur l’insécurité. La croissance démographique  surtout dans nos pays en Afrique,  la marche  vers un modernisme permanent suscitant  de nouveaux besoins, de la richesse, de la valeur qui auront toujours besoin d’être protégé, nous entrainent ainsi vers une recherche constante de moyens de protection de plus en plus complexes et de mieux en mieux élaborés. Devant l’impossibilité pour l’Etat de faire face à ce gigantesque besoin, la sécurité privée vient en appoint et se doit de jouer pleinement son rôle pour toute que les composantes de la population, puissent voir leur demande de sécurité à tout le moins prise en charge.
  •   Pérenniser les conditions de création de richesse : Nous vivons dans un monde où il n’est plus possible de se passer des impératifs de sûreté et de sécurité. Il faut le rappeler, la sécurité n’est pas un luxe pour riches car il n’y a pas de possibilité de développement sans  sécurité. Il est difficile d’envisager  des investissements, un retour sur investissements dans les affaires, un épanouissement social économique et culturel sans une sécurité optimale. Ce qui fait, qu’il est devenu impossible de se passer de la sécurité privée qui vient renforcer la politique générale de l’Etat en matière d’offre de sécurité.  Il nous faut reconnaitre le rôle ô combien important que joue les agents de sécurité. Faisons l’effort d’imaginer ce que serait notre pays si l’on décidait ne plus avoir besoin des agents de sécurité  que deviendraient, les ICS, LA BANQUE CENTRALE, LA SONATEL, LA SENELEC , LA SDE,  LE PORT, OU L’aéroport, sans oublier les  mines  d’or de Sabodola etc. Disons le franchement, aucune organisation, compagnie ou société petite ou grande, ne peut laisser ses locaux sans surveillance, personne n’imagine non plus laisser une agence bancaire, une usine sans surveillance.
  •  Encadrer la création d’emplois décents pour contenir les risques dus aux frustrations :

Les travailleurs accèdent aux métiers de la sécurité privée sont  de mieux en mieux formés, et de plus en plus instruits, du fait de l’élargissement du champ d’action,  et des exigences des clients des sociétés de sécurité.

Au SENEGAL près de 3000 jeunes hommes et femmes quittent l’Armée après leurs deux années de service. Dans les entreprises privées de sécurité qui constituent principalement le plus important débouché, ils y sont confrontés à un manque de considération qui commence par leurs propres patrons.  D’où certaines incompréhensions, dues à des salaires trop bas et à des frictions dans les relations entre travailleurs et employés, qui considèrent que leurs métiers ne sont pas reconnus à leurs justes valeurs et rémunérés à juste prix. De cette prise de conscience, naît une grande frustration dans la corporation  qui se traduit par un climat social en général dans les entreprises qui n’est pas des meilleurs.

Les agents de sécurité  comprennent de moins en moins  que leurs conditions de vie soient si difficiles, malgré l’importance vitale de l’activité. En fait en soutien aux forces de sécurité publique ILS ONT CONCRETEMENT quand même l’économie de ce pays entre leurs mains. Il est difficile de comprendre qu’au moment où  les marchés augmentent du fait de la hausse de la demande en sécurité, les chiffres d’affaires des entreprises de gardiennage  croissent,  que cela ne se ressente  pas sur le niveau et la qualité de vie des agents de sécurité. IL y a un gap important entre la bonne santé financière des entreprises bien gérées, et le niveau de rémunération des travailleurs  à qui on exige beaucoup, mais qui comptent parmi les travailleurs les plus pauvres vivant dans la précarité permanente.

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Il faut se poser la question de savoir, comment peut-on encore au Sénégal utiliser un agent de sécurité pour gérer par exemple la sécurité d’infrastructures qui valent des centaines de millions lui payer  50 000 FCFA SOIT MOINS DE 100 EUROS PAR MOIS.

Ne laisse-t-on pas là au vu du nombre sans cesse croissant d’une importante  population de jeunes anciens militaires, qui se sentent exploités et mal considérés, germer un risque qui pourra nous mener à des extrémités du genre : de  permettre à certains, de profiter de cette misère, et de ces injustices ou ressenties comme telles, pour assouvir les sinistres desseins comme on en voit dans la sous-région et le continent.

PRINCIPAUX DEFIS AUXQUELS LA SECURITE PRIVEE EST CONFRONTEE

Le constat général AU SENEGAL est que le secteur est plutôt livré à lui-même. La conséquence est qu’aucune entreprise de sécurité privée au SENEGAL n’est en règle avec la législation absolument aucune. LE PRINCIPAL DEFI AUQUEL nous sommes confrontés sera de faire face  par une réglementation adaptée et non complaisante,  à la situation anarchique, que nous nous permettons de décrire, pour donner une idée de l’ampleur des défis à relever.

Le paradoxe de la sécurité privée au Sénégal, est qu’elle est actuellement exercée par des entreprises toutes hors la loi, MAIS SUR LE TERRAIN TOUT LE MONDE S’EMPLOIE A MAGNIFIER LE TRAVAIL GLOBALEMENT SATISFAISANT DES AGENTS.

Les dysfonctionnements commencent à la délivrance des agréments, qui ne se font pas selon les dispositions réglementaires prévues. De CE FAIT, l’un des premiers défis à relever sera de réglementer l’accès à la profession.

Le deuxième défi majeur à notre sens, est  la restauration du respect de la dignité des travailleurs et de leurs droits,  de revaloriser en somme le métier  d’agent de sécurité privée, du fait de l’échec lamentable des syndicats à ce niveau.

Nous avons affaire à une mentalité  particulière d’employeurs qui peuvent se croire tout permis parce qu’ils fournissent des  emplois et qui se comportent en dictateurs ayant droit de vie et de mort sur les travailleurs. Il s’en suit le manque de respect au travailleur dans sa dignité d’agent de sécurité et d’homme, qui se croit obliger de tout accepter, car étant soutien de famille. Les patrons n’hésitent pas à recourir à ce chantage pour sans vergogne, exercer des pressions de toute sorte sur les travailleurs qui faute de choix, se soumettent à ces diktats, en attendant de trouver autre chose ou de pouvoir renverser la situation.  Les agents de sécurité travaillent ainsi avec le sentiment de cette exploitation permanente qui n’est pas le meilleur moyen de s’épanouir pour un travailleur.

Au Sénégal les meilleurs salaires pour les agents du gardiennage sont d’environ 80.000  à 90.000 FCFA en moyenne dans les 3 sociétés les plus en vue. Vivre au Sénégal avec cent mille FRANCS CFA (100 000) est un combat permanent pour mener une vie décente, car un homme pour qui le besoin est un gouffre, permanent sous chaque pas n’est pas un homme libre.  Pour le reste, les salaires varient entre 25.000 et 50.000 francs bien moins que les  63 435 FCFA minimum prévus par la convention du commerce dans laquelle le secteur est classé.  Il n’est pas rare de voir certains agents courir derrière des retards de trois à quatre mois de salaires, pendant que les patrons maintiennent un niveau de vie des plus luxueux.

Nous ne pouvons passer sous silence  toutes les astuces auxquelles ont recours les chefs d’entreprises pour pérenniser ces bas salaires par le recours  au contrat à durée déterminée indéfiniment, au travail journalier, au licenciement systématique, à une forte pression sur les travailleurs syndiqués. [… ]

Il ne serait pas possible d’énumérer la liste des atteintes à la dignité des travailleurs qui ne peuvent être perçues de l’extérieur, mais nous citerons quelques cas :

–          L’exposition des agents de sécurité privée sur la voie publique

–          Défaut de formation

–          Manque de respect, injures et voie de fait par le public

–          L’inexistence de WC accessibles dans certains postes

–          Impossibilité de se restaurer et devoir tenir ainsi 12 heures par jour

–          56 heures de travail exigé par semaine alors que le code du travail en a prévue 40 heures

–          Non-paiement de salaire à date échue, retard de 2 semaines à 3 mois régulièrement noté. Usage abusif de stagiaires et de contractuels.

–          Quant aux prestations sociales, IPM, IPRES, CSS, la plupart n’y pensent même plus

–          Tracasseries quotidiennes des agents, par des préposés aux contrôles sur le terrain et qui abusent de leur position – affectation arbitraire pour éloigner les « insoumis »

–          Corruption des délégués du personnel qui parfois sont complices du chef d’entreprise

–          Licenciement abusif permanent du fait d’un système judiciaire Défaillant.

–          Inefficacité des moyens de recours des travailleurs, justice –inspection du travail- syndicat. Impunité des employeurs qui refusent de se soumettre aux décisions de justice.

–          Et surtout les salaires trop bas eut égard au rôle stratégique que constitue notre profession dans l’économie.

–          Aujourd’hui  l’inspection du travail a dû suspendre les contrôles dans le secteur faute de moyens.

–          Absence totale du ministère de l’intérieur dans le suivi du fonctionnement du secteur

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OPPORTUNITE DE MISE EN ŒUVRE DU DOCUMENT DE MONTREUX AU SENEGAL

Au vu de toutes ces considérations, il nous semble pour nous SYNDICAT qui défendons les intérêts moraux et matériels des travailleurs, mais aussi les outils de travail, que ce séminaire arrive à point nommé, au moment où  le gouvernement est dans une dynamique  dans  de mettre en place une convention collective, une loi d’orientation dont une réflexion approfondie est en cours,  qui devront régir les conditions d’exercices des  métiers classiques de la sécurité privée, et ouvrir le secteur à d’autres domaines autres que, l’usage militaire ou  militarisé. A cet effet certains aspects du document de Montreux pourraient être pris en compte dans l’élaboration des textes qui devront être pris.

Le gouvernement a montré  le 28 NOVEMBRE 2013 en conseil des ministres, une volonté dans la mise en place diligente de la convention collective des métiers de la sécurité privées. Récemment des mesures ont été prises pour  revoir le fonctionnement des groupes de sécurité attachés à certains chefs religieux et autre dignitaires.

Occasion ne peut être plus belle pour se saisir de ce qu’offre le DOCUMENT DE MONTREUX pour enrichir la réflexion sur l’assainissement du secteur de la sécurité privée au SENEGAL, lui  permettre de jouer pleinement son rôle de complément des forces de défense et de sécurité publique, en étant pourvoyeur d’emplois décents, tout en disposant de suffisamment de garde fous pour éviter dérives, dysfonctionnements, préjudiciables à la marche vers le développement. [… ]

Par contre nous avons des entreprises qui s’internationalisent ou qui sont des filiales de multinationales de sécurité privées qui pourraient être confrontés à des situations de conflits armés. [… ]

Le DANGER vient du fait qu’il est illusoire de croire que cette situation anarchique peut se pérenniser. Ces anciens militaires  deviennent de plus en plus nombreux,  et frustrés par des conditions de travail et de vie difficiles pour ne pas dire injuste, d’où l’urgence d’une réglementation adaptée et appliquée par l’Etat, car notre sentiment est que les dispositions relatives du droit travail ne suffisent pas prendre en charge la réglementation et l’application pratique des activités de sécurité privée.

Document de Montreux comme inspirateur de la déontologie dans la SECURITE PRIVEE

La DEONTOLOGIE devra être le vecteur directeur, la ligne de conduite qui devra en permanence guider les pas de tous les acteurs  du secteur de la sécurité privée quelle que soit sa sphère d’évolution. La déontologie touchera à l’aspect  moral, à l’éthique et fera appel à ces hautes valeurs humaines, qui devront être en permanence le quotidien de tous les acteurs de la sécurité en général. Lorsqu’il est question de sécurité, il est question de : formations, de moyens et de tout un arsenal de mesures,   de référentiels, juridiques et réglementaires, mis à la disposition des acteurs (travailleurs employeurs ETAT), pour que  L’activité puisse s’acquitter de façon efficace et efficiente de ses missions au profit des intérêts généraux.

La déontologie inspirée par le DOCUMENT DE MONTREUX et par les réalités locales, INCLUE DANS LES TEXTES LEGISLATIFS ET REGLEMENTAIRES LOCAUX, fera appel en plus de ces règles importantes et utiles, à  des valeurs que devront partager tous les acteurs du secteur. [… ]

Nous pensons que ce document de MONTREUX vient en appoint à  la déclaration universelle des droits de l’homme en ces articles 23 à 25  qui dispose que toute personne a droit au travail à des conditions équitables et satisfaisantes et à la protection  contre le chômage, quiconque travaille a droit  à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée s’il y a lieu , par  tout autre moyens de protection sociale.

En fin de compte se s’agira pour l’Etat DE FAIRE EN SORTE QUE la sécurité privée PUISSE ËTRE PRISE EN COMPTE ET EN CHARGE PAR LES DISPOSITIFS LEGAUX ET REGLEMENTAIRES, pour que la sécurité DES BIENS ET DES PERSONNES, l’ordre public soient basés sur un partenariat informé et sincère entre le citoyen et les dirigeants. [… ]

Je vous remercie de votre aimable attention

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