Source: http://www.lequotidien.sn/index.php/economie/item/36269-r%C3%A9vision-du-code-minier–la-soci%C3%A9t%C3%A9-civile-d%C3%A9nonce-un-processus-non-inclusif

Les récriminations des organisations de la Société civile visent avant tout un vice de méthode localisé dans le caractère non participatif et non inclusif du processus en amont de la révision du code minier. Elles accusent dans la déclaration qui scellent leurs observations : «Nous craignons fortement que les résultats soient biaisés et limitent ainsi l’atteinte des objectifs de développement durable du secteur et ne tiennent compte que des intérêts du gouvernement et des entreprises minières sans aucune considération des préoccupations et aspirations des communautés locales et de la Société civile.»

Même si sur le principe, ces organisations saluent la décision du gouvernement sénégalais de procéder à la révision du code minier en vue de le rendre conforme aux normes régionales, standards internationaux les plus évolués en la matière, ainsi qu’aux nouvelles problématiques émergeantes comme l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie). Cette frange de la Société civile estime qu’elle a été laissée en rade dans le processus et fai appel à la nouvelle volonté politique de l’actuel gouvernement, qui a inscrit son mandat sous le label de la transparence et de la bonne gouvernance. Gaspard Onosal, coordonnateur pour la région de Dakar et représentant de Graradep, déclare d’office : «Nous membres de la Société civile, nous avons constaté que ce code minier subit cette révision en l’absence de la Société civile, en l’absence des communautés, en l’absence des populations concernées par ce code.» El Hadji Abdoulaye Seck, coordonnateur adjoint de la coalition, détaille : «On n’a aucune confiance dans le processus en cours. Nous voulons interpeller le gouvernement sénégalais à travers la commission de réforme du code minier. Nous voulons relever les difficultés avec le processus de révision du code minier. Ces derniers temps, il y a eu beaucoup de manifestations des populations des principales régions minières, Matam, Kédougou, Tamba et Thiès. L’essentiel de ces préoccupations font état de perte de terres, d’absence de bénéfices sur les ressources qui sont générées par les exploitations des ressources. La difficulté majeure et l’essentiel des préoccupations trouvent leur cause dans le code minier. Le code minier en vigueur actuellement a été fait dans le but d’attirer les investisseurs avec des facilités au niveau des impôts. Mais, ce code ne prend pas en compte les intérêts des populations. Aucune disposition ne fait référence à l’obligation de rendre des comptes.»

De l’avis de Oumar Diallo, du comité sénégalais des droits de l’Homme, les ressources minières sont «conflictogènes» et exigent un nécessaire contrôle surtout pour le cas du Sénégal où les investissements privés atteindraient les 5 milliards de dollars de 2000 à 2013. Pour Abdoulaye Seck, «cette conférence de presse est juste une étape, nous allons continuer à dénoncer et à mettre la pression». Les organisations de la Société civile n’entendent pas laisser les choses en l’état. El Hadji Abdoulaye Seck poursuit : «Depuis plusieurs années, on parle de l’exploitation de l’or à Kédougou, mais aujourd’hui on ne peut pas dire combien de lingots d’or ont été produits. On ne peut pas nous dire quel est le montant des ressources financières générées par cette exploitation, ni la destination de ces fonds. A Sabodala, il y a un contraste entre l’exploitation de l’or et la pauvreté des populations. La société exploitante de l’or est en surproduction d’électricité, alors que les populations n’en ont pas.»
Les membres de la Société civile rappellent au gouvernement du Sénégal que ces principes, qu’ils défendent dans le cadre de cette révision minière, sont en parfaite conformité avec la vision minière adoptée par l’Union africaine depuis février 2009. Ils exigent alors un processus transparent, inclusif, permettant une participation effective des différentes parties prenantes dont la Société civile, seule gage d’une réforme minière participative et consensuelle. El Hadji Abdoulaye Secl conclut : ­«Les parties c’est aussi les organisations de la Société civile. Ce n’est un petit groupe de fonctionnaires qui se réunit. Le secteur est tellement compliqué qu’il faut que les populations soient écoutées.»

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