Fatick, le 19  février, 2016

 Monsieur le Président,

Nous vous écrivons cette lettre en tant qu’Organisations de la Société Civile (OSC) engagées avec la Banque Africaine de Développement (BAD) et résolues à soutenir une forte et constructive participation de la société civile aux Assemblées Annuelles de la BAD et bien au-delà.

Comme vous le savez, l’Assemblée annuelle de 2016 aura lieu du 23 au 27 mai 2016 à Lusaka en Zambie. Cet événement important représente un forum déterminant pour les représentants de gouvernements, entreprises, société civile et médias de l’Afrique et au-delà, pour débattre du développement économique et social du continent.

Depuis 2009, la BAD a initié de nombreuses révisions de politiques afin de devenir plus transparente et plus responsable devant les gouvernements et le public, y compris les OSC. Durant ces processus de révision, les OSC et d’autres acteurs non étatiques ont participé activement à toutes les consultations organisées par la Banque et ont joué un grand rôle dans l’amélioration des politiques de celle-ci, entre autres, la politique d’accès à l’information, la politique énergétique, le Système de Sauvegardes Intégré, le cadre de la participation des OSC et le Mécanisme Indépendant d’Inspection.

Nous apprécions tous ces efforts de la BAD visant entre autres à renforcer la coopération et la collaboration entre la Banque et la communauté de la société civile, et c’est très illustratif que le nouveau Cadre d’engagement avec les OSC a été entériné pendant le Forum des OSC tenu en Tunisie en Mars 2010.

En effet, nous croyons que le cadre de la participation des OSC est une politique importante qui peut aider à renforcer et à soutenir l’engagement de la Banque avec les OSC et ce dernier est en phase avec la vision de la BAD, et sa stratégie à long terme (LTS) de 2013 à 2022 dont le principe directeur considère la société civile comme un partenaire clé pour la réalisation de progrès significatifs sur le continent.

Cependant, nous tenons à exprimer nos inquiétudes face à des lacunes graves sur la conception et la mise en œuvre du Forum des OSC depuis l’établissement du nouveau  » cadre de participation des OSC  » de la BAD.

Le Forum donne certes une certaine légitimité à la Banque, mais, la manière dont il a été organisé (et imposé aux CSO) durant ces cinq dernières années, (avec une consultation et une prise en compte insuffisante des préoccupations de la société civile) a réduit considérablement l’indépendance du Forum et compromet son rôle consistant à permettre une participation significative des OSC dans les activités de la Banque.

Nous pensons que le Forum doit être une occasion unique d’arriver à ces résultats car il permet de rassembler le personnel de la Banque, la direction, les gouverneurs et les représentants des États membres, ainsi que les médias et la société civile.

A notre avis, la liberté de la société civile à déterminer les thèmes à aborder à travers des événements choisis durant le forum n’est pas de mise. D’autre part, le personnel de la Banque organise fait la conceptualisation et organise seul le Forum et il n’y a aucune possibilité pour les OSC de modifier les contenus de l’agenda, ce qui diminue l’espace pour un engagement constructif et étouffe effectivement la critique à l’endroit de la banque et/ou de ses projets.

Selon la banque, cela a été justifié par des contraintes d’espace, alors que cela n’a pas empêché la multiplication d’événements dans les agendas du Forum.

Ceci apparaît souvent à notre avis comme un instrument de relations publiques positives plutôt qu’une volonté de promouvoir des discussions ouvertes.

Enfin, du fait d’un manque de consultation en partie, nous, OSC considérons donc le Forum des OSC comme ‘’le Forum de la Banque’’ elle-même et non autre chose exclusivement dédié aux OSC.

Ainsi donc, les Organisations de la Société Civile souhaitent utiliser le Forum de manière constructive, en tant que mécanisme de participation publique avec la Banque, en tant que plate-forme pour mettre en évidence les préoccupations des citoyens et enfin comme un miroir permettant de mettre en évidence les limites des mécanismes de reddition de comptes existants.

En définitive, pour que le Forum soit un mécanisme effectif de participation de la société civile, nous pensons qu’il doit refléter les principes essentiels d’autonomie, de visibilité et de participation.

Et pour arriver à cela, nous, Organisations de la Société Civile, recommandons:

1) L’autonomie des OSC à proposer des thèmes et des contenus du Forum, sur la base du premier arrivé, premier servi à travers un système de réservation  suivant des échéances claires et fixées à l’avance afin de maximiser la participation;

2) L’attribution de plus d’espaces physiques pour les OSC dans le bâtiment même où se tiennent les assemblées annuelles ;

3) La mise en place d’un mécanisme de consultations régulières et entièrement ouvertes aux participants du Forum des OSC pour s’engager avec la Banque dans l’organisation du Forum ;

4) Le développement de lignes directrices conjointement convenues pour l’inclusion des événements dans l’agenda du Forum, par l’intermédiaire de ce mécanisme de consultations régulières et continues ;

5) L’intégration du Forum des OSC et l’agenda des séminaires de la Banque sur la page des assemblées annuelles du site web dédié à cet effet.

Monsieur le Président, sachez par ailleurs que nous  faisons cette demande de bonne foi, dans le but de mieux collaborer avec vous et d’améliorer la contribution de  la société civile à la vie de la Banque Africaine de Développement.

Nous vous remercions d’avance pour votre soutien, et vous prions de recevoir nos salutations distinguées.

Prière d’adresser toute correspondance relative à cette lettre à alsagne@aim.com.

Cordialement,

Aly Sagne, Président de Lumière Synergie pour le Développement (LSD) /Sénégal;

 

Cette lettre a été signée par les organisations ci-dessous:

BENIN

  1. Nature Tropicale ONG ;

CAMEROUN

  1. Green Development Advocates (GDA);
  2. Global Network for Good Governance(GNGG);
  3. Réseau Camerounais des Organisations des Droits de l’Homme (RECODH) ;

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

  1. Conseil Régional des Organisations Non gouvernementales de Développement (CRONGD) ;
  2. Observatoire d’études et d’appui à la responsabilité sociale et environnementale (OEARSE) ;
  3. Justice Pour Tous;
  4. Centre d’Appui à la Gestion Durable des Forêts Tropicales (CAGDFT) ;
  5. Justicia ;
  6. Action Paysanne Contre la Faim (APCF) ;
  7. Civil Society Watch for Minerals of Peace;
  8. Foyer de Développement pour l’Autopromotion des Pygmées et Indigènes Défavorisés (FDAPID) ;
  9. Centre de Recherche sur l’Environnement, la Démocratie et les Droits de l’Homme (CREDDHO) ;

GABON

  1. HADASSA;
  2. Croissance Saine;

GAMBIE

  1. Worldview;

ETHIOPIE

  1. Human Rights Council;

GUINEE

  1. Centre du Commerce International pour le Développement (CECIDE) ;
  2. Association Guinéenne pour la Transparence (AGT) ;

GHANA

  1. The Integrated Social Development Centre (ISODEC);

COTE D’IVOIRE

  1. Forum National sur la Dette et la Pauvreté (FNDP) ;

KENYA

  1. Jamaa Resource Initiative ;

 MALI

  1. Fondation pour le Développement du Sahel (FDS) ;

MALAWI

  1. Citizen For Justice;

MAURITANIE

  1. Mer bleue ;
  2. Forum Mauritanien du Climat et du Développement Durable ;

NIGERIA

  1. Foundation For Environmental Rights, Advocacy & Development(FENRAD);
  2. Environmental Rights Action / Friends of the Earth Nigeria;
  3. FOUNDATION FOR THE CONSERVATION OF THE EARTH (FOCONE);
  4. Peace Point Action (PPA);

            SENEGAL

  1. Lumière Synergie pour le Développement ;
  2. Fahamu ;
  3. ARCADE;
  4. Réseau des Plates-Formes d’ONG d’Afrique de l’Ouest et du Centre (REPAOC) ;
  5. Union pour la Solidarité et l’Entraide (USE) ;

AFRIQUE DU SUD

  1. Natural Justice;
  2. Leadership Initiative for Transformation and Empowerment (LITE-Africa);
  3. Centre for Applied Legal Studies;
  4. Centre for Human Rights, University of Pretoria;

TANZANIE

  1. Mazingira Network (MANET);

TOGO

  1. Programme d’Appui à la Femme et à l’Enfance Déshéritée (PAFED) ;
  2. Groupe d’Action et de Réflexion sur l’Environnement et le Développement (GARED) ;
  3. Dimension Humaine ;

OUGANDA

  1. Buliisa Initiative for Rural Development Organisation (BIRUDO);
  2. Uganda Land Alliance;

ZIMBABWE

  1. Zimbabwe Environmental Law Association (ZELA) ;
  2. African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD);
  3. Chiadzwa Community Development Trust;

ETATS UNIS D’AMERIQUE (USA)

  1. Accountability Counsel;
  2. Center for International Environmental Law (CIEL);
  3. International Accountability Project (IAP);
  4. Oxfam International;

PAYS BAS

  1. Both ENDS ;
  2. Centre for Research on Multinational Enterprises (SOMO);