Bargny le 20 09/2016

Par Aly Marie Sagne, PDT LSD-Senegal

Le conflit entre les promoteurs de la centrale à charbon de Bargny et la communauté fait toujours rage. La centrale sort petit à petit de terre (25% des travaux de Génie Civile réalisés) alors que la contestation s’intensifie et s’organise davantage dans le village.

Un an après la première rencontre de médiation initiée l’année dernière par la Direction de l’Environnement et des Etablissements Classées (DEEC) avec l’accord de la Municipalité de Bargny, la Compagnie d’Electricité du Sénégal (CES) a remis encore çà.

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Ce 20 septembre 2016 encore, une consultation de 6 heures d’horloge a réuni le Préfet de Rufisque(qui présidait la réunion), le Maire de Bargny (et son Conseil Municipal), le Directrice de l’Environnement, le responsable des grands projets de la SENELEC, l’Administrateur de la CES (et ses collaborateurs), l’ensemble des conseillers de quartiers de Minam et de Bargny, les imams et personnes ressources du village, les représentants d’ONG et d’Associations (dont les femmes transformatrices, le Takkom Jerry et le Collectif des personnes affectées).

Une nième audience publique

De façon officielle, cette réunion avait pour objectif de créer un espace de dialogue entre les représentants de la communauté et le promoteur sur la base d’une présentation de l’état d’avancement du projet, ses impacts et les mesures d’atténuation/accompagnement proposées et inscrites dans le Plan de Gestion Environnemental et Social (PGES).

Selon le Maire, Il était donc attendu à l’issue de cette rencontre de dégager une position commune de la communauté et de permettre au Conseil Municipal de prendre une délibération sur le projet. A notre avis, cet exercice n’était ni plus ni moins qu’une nième audience publique convoquée par la CES pour se donner encore une chance d’avoir le consentement de la communauté !

Respect des normes environnementales élevées et étalages de réalisations sociales

Tour à tour, le consultant du cabinet Quartz Afrique, l’Administrateur de la CES M. Eric Lomé, M. Badara Guèye le responsable l’environnement de la CES ont tenté de convaincre l’auditoire sur l’importance et la nécessité de consulter les populations locales, l’engagement de la CES et de SENELEC sur le respect des normes environnementales, les mesures d’atténuation et d’accompagnement dans le domaine social.

photo0298Les présentations ont véritablement ciblées les points de divergences avec la communauté :

  • Respect des lois nationales (Art.L13): Centrale à moins de 500 m des habitations ;
  • Les rejets de polluants dangereux : Minimiser selon les normes de la Banque Mondiale et élévation des cheminées de 150m ;
  • Rejets d’eaux chaudes dans la mer : construction de canaux de rejet à plus de 200m dans l’océan et loin des récifs en reconstruction ;
  • Foncier : Revoir l’indemnisation des ayants droits ;
  • Site des femmes transformatrices de poissons : Modernisation et accompagnement des femmes ;
  • Emplois locaux : 50% des effectifs de recrutement au niveau local (330 jeunes) ;
  • Actions sociales : Financement de projets sociaux (Education, jeunesse, santé, etc.)

photo0303Un projet contre la volonté de la communauté

Ce qui est dramatique, voire tragique dans ce feuilleton, c’est que la CES a reconnu que la communauté a toujours été constante dans son refus d’accepter ce projet, refus qu’elle avait fait savoir il y a maintenant 7 ans lors de l’Etude d’Impact Environnementale et Sociale (Précisément durant l’audience publique). Ce qui a fait dire à un des intervenants (plus de 60 sur la liste) en s’adressant aux autorités : « Est-ce que la parole de Bargny a une valeur, puisque ce projet est mis en œuvre contre notre volonté ! »

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Il faut souligner la mobilisation du Takkom Jerry dirigé par son Président Ibrahima Diagne et du Collectifs des personnes affectées avec à leur tête Cheikh Fadel Wade et Daouda Guèye (Larry) qui ont non seulement sensibilisé et mobilisée la communauté, mais qui ont répliqué avec une présentation et des preuves à l’appui concernant les manquements graves et l’inopportunité de ce projet de centrale à charbon.

Le message était donc claire pour la CES : « Les populations de Bargny dans leur intégralité ne veulent pas de votre projet » a lancé un intervenants à l’Administrateur de la CES (M. Erik Lomé), qu’il intima avec ironie  « de plier bagages et de rentrer chez lui»!

Le ton était souvent dur et passionné, comme ce fut le cas lors de la présentation Daouda Guèye qui a été tiré du bras par l’Administrateur de la CES lui lançant : « Vous êtes un menteur ! » Ou quand lorsque Fadel Wade comparaît les actions sociales de la CES à la corruption, ce qui fâcha le Préfet qui s’est fait un peu plus menaçant.

20160920_132809.jpgEnfin, à l’extérieur du bâtiment du Centre Socio-culturelle, une partie de la communauté qui ne pouvait pas accéder à la salle où il fallait montrer patte blanche pour entrer manifestait avec  des pancartes où on pouvait lire ‘’Bargny dit non à la centrale’’, ‘’La centrale à charbon une menace pour la pêche’’, ‘’La centrale à charbon une menace pour l’économie locale’’. Mais également, tenait des points de presse pour alerter l’opinion publique nationale et internationale.

dsc02434Des pistes de sortie de crise proposées – Une seconde chance pour la CES ?

Par ailleurs, quelques intervenants ont tenté de revoir leur position, puisque pour eux, malgré leur opposition, les travaux continuent sur le site, et que la centrale sera livrée. En effet, des propositions ont été évoquées :

  • Création de projets structurant pour la Commune ;
  • Renforcement des avantages du projet pour la commune ;
  • Réhabilitation du stade municipal et le connecter à la centrale gratuitement ;
  • Construction d’un hôpital ;
  • Dédommager les pertes de terrain d’habitation ; etc.

Comme l’a si bien résumé un intervenant : « Si Bargny accepte de réduire son espérance de vie en acceptant la centrale, au moins que la CES facilite l’accès à l’électricité de Bargny ! »

Le Maire, un allié pour le camp du non?

Durant son allocution, le Maire a rappelé le mandat de la Municipalité et a insisté sur l’objectif qu’il s’est fixé qui consiste à ‘’veiller au respect de la loi et assurer que les intérêts et préoccupations de la population locale sont pris en compte dans tous les projets de sa commune’’.

dsc02394En réalité, nous avons constaté qu’il a tout fait pour rester en phase avec ses administrés. Avant de clôturer la rencontre, il a demandé aux représentants de la communauté de rester encore quelques minutes pour une discussion entre fils de la localité. Durant ses minutes, il a présenté les détails financiers des propositions de la CES sur les différents points de discordes en soulignant les avantages et les inconvénients. Mas il finira par dire à la population qu’il faudrait dégager une position tout en soulignant qu’il n’y a que 2 options :

  1. Accepter avec résignation le projet tout en négociant pour des mesures d’accompagnements justes ;
  2. Ou continuer la lutte qui dure depuis 7 ans et ne rien obtenir puisque personne à son avis ne pourra arrêter les travaux maintenant.

Pour l’instant, aucune réponse n’a été donnée par la population qui a demandé une seconde rencontre interne le mardi 27 septembre prochain pour statuer définitivement sur une décision.

Pendant ce temps les plaintes déposées par le Takkom Jerry et le Collectif des personnes affectées suivent leurs cours. Et là, il est attendu des banques (BAD et FMO) de revoir leur copie pour manque de conformité du projet avec leurs politiques  de protection environnementales et sociales.

La question de la License sociale est capitale en matière de conduite de politiques de Responsabilité Sociétale d’Entreprises, malheureusement beaucoup d’entreprises comme la Compagnie d’Electricité du Sénégal semblent souvent l’oublier ou la négliger lors de la mise en place de projets de développement. Bien évidemment, cela leur aurait évité des pertes inutiles de temps et malheureusement d’argent.